«Un seul Boer en fera fuir vingt à travers la plaine, si toutefois ils peuvent courir avec leurs grands havresacs et la batterie de cuisine qui leur bat les flancs comme ceux d'une charrette de bohémiens! Que dit le livre saint? Mille fuiront devant la menace d'un seul, et devant la menace de cinq, vous fuirez! Du moins je crois que c'est là le texte. Le cher Seigneur savait ce qui arriverait, quand Il écrivit le Livre! Il pensait aux Boers et aux pauvres Rooibaatjes

Sur ce, il s'éloigna, en hochant tristement la tête.

«Il était temps! s'écria John, car, encore un peu, il aurait fui devant la menace d'un seul «pauvre Rooibaatje», je vous en réponds!

—John! dit tout à coup Silas Croft, il faut que vous alliez à Prétoria chercher Jess. Croyez-moi, les Boers assiégeront Prétoria et, si nous ne la faisons pas revenir tout de suite, elle sera enfermée là-bas.

—Oh! non, non! s'écria Bessie terrifiée; je ne peux pas laisser partir John.

—Je regrette de vous entendre parler de la sorte, quand votre sœur est en danger, répondit l'oncle sévèrement; mais c'est peut-être naturel. Où est Jantjé? Il me faudra le chariot du Cap et les quatre chevaux gris.

—Vous avez raison, cher oncle; John partira; j'ai parlé sans réfléchir; cela m'a paru un peu dur tout d'abord.

—Certes, il faut que je parte, dit John. Ne vous inquiétez pas, chère aimée; je serai de retour dans cinq jours. Ces quatre chevaux peuvent faire vingt lieues par jour, pendant ce temps-là, et plus. Ils sont trop gras et ce n'est pas l'herbe qui manque sur la route. En outre, le chariot sera presque vide, de sorte que je pourrai emporter un muids de grain et cinquante bottelées de foin. J'emmènerai le jeune Zulu Mouti; il ne s'entend guère à soigner les chevaux, mais c'est un garçon courageux, qui ne m'abandonnerait pas dans le danger. On ne peut pas compter sur Jantjé; il disparaît à chaque instant et se griserait juste au moment où l'on aurait besoin de lui.

—Oui, oui, John, vous avez raison, dit l'oncle Silas; je vais m'occuper des chevaux et faire graisser les roues.

«Il faudrait partir dans une heure et passer la nuit chez Luke; vous pourriez aller plus loin, mais la place est bonne pour y coucher; vous y serez bien soigné; vous pourrez repartir à trois heures du matin, être à Heidelberg demain soir à dix heures, et à Prétoria dans l'après-midi du jour suivant.» Ayant dit, il s'éloigna pour hâter les préparatifs.