«Dieu tout-puissant! s'écria le vieillard, en faisant volte-face; faites attention, neveu; faites attention; je n'ai pas envie d'être écrasé comme un hanneton.»
Frank Muller, car c'était lui, sourit méchamment; il avait fait exprès d'effrayer le vieillard dont il connaissait la lâcheté.
«Pourquoi avez-vous été si long! et qu'avez-vous fait des Anglais? demanda-t-il; vous devriez être ici depuis une demi-heure.
—Sans doute, sans doute, neveu, mais j'ai été retenu; bien sûr vous n'admettez pas que je m'attarderais dans cette maudite place. Fi donc! Elle empeste l'anglais!» Et ce disant, il cracha par terre. «Je ne peux pas en perdre le goût dans la bouche.
—Vous mentez, Hans Coetzee, répondit tranquillement Muller; Anglais avec les Anglais, Boer avec les Boers. Prenez garde, ou nous vous démasquerons! Je vous connais, vous et vos discours. Vous rappelez-vous ce que vous disiez à l'Anglais Niel, à l'hôtellerie de Wakkerstroom, quand vous me vîtes en vous retournant? J'avais entendu et je n'oublie pas. Vous savez ce qui arrive «aux traîtres au pays»?
Les dents de Hans s'entre-choquèrent et son visage fleuri devint blême.
«Que voulez-vous dire, neveu? demanda-t-il.
—Moi? Je ne veux rien dire. Je vous avertissais seulement en ami. J'ai entendu raconter certaines choses sur vous, par....» Il murmura un nom qui fit pâlir encore davantage le pauvre Hans.
«Eh bien!» ajouta son persécuteur, lorsqu'il eut bien joui de sa terreur, «eh bien! quelles conditions?
«Oh! bonnes, neveu, bonnes», dit-il vivement, trop heureux de changer de sujet; «j'ai trouvé les Anglais souples comme des gants. Ils échangeront leurs douze prisonniers pour quatre des nôtres. Les hommes seront ici demain, à dix heures. J'ai raconté au commandant les affaires de Laing et d'Ingogo; il ne voulait pas me croire; il s'imaginait que j'étais un menteur, comme lui. On commence à avoir faim là-bas; j'ai vu un Hottentot de ma connaissance, qui m'a dit que les os se montraient déjà.