—Ils perceront bientôt la peau, répliqua Muller. Nous voici arrivés à la maison, le général y est; il vient de Heidelberg; vous pouvez lui faire votre rapport. Qu'avez-vous appris du capitaine Niel? Est-il vrai qu'il soit mort?

—Non, il n'est pas mort. A propos, j'ai rencontré la nièce d'Om Croft, la brune. Elle est enfermée là-bas avec le capitaine, et elle m'a prié d'obtenir un laissez-passer pour qu'ils puissent retourner chez eux. Naturellement je lui ai répondu que c'était absurde et qu'il leur fallait subir la famine comme les autres.»

Muller, qui avait écouté cette dernière partie du récit avec un intérêt profond, arrêta subitement son cheval en s'écriant:

«Vraiment! Vous avez dit cela? Alors vous êtes un plus grand imbécile que je ne croyais. Qui vous a autorisé à décider s'ils auraient ou n'auraient pas un laissez-passer?»


CHAPITRE XX

LE GRAND HOMME

Complètement abasourdi par la riposte de Muller, Hans perdit contenance et se répéta au dedans de lui-même, pour la centième fois, que Frank était en vérité «un diable d'homme». Un instant après, ils arrivaient à la porte de l'habitation, descendaient de cheval et Coetzee était introduit en présence de l'un des chefs de l'insurrection.

C'était un homme d'environ cinquante-cinq ans, court, voûté, laid, au nez long, aux yeux petits, aux cheveux plats. Le front toutefois était intelligent et la physionomie générale laissait deviner une finesse et des capacités au-dessus de la moyenne. Assis devant une table en bois blanc, le grand homme écrivait quelque chose, avec une peine évidente, sur un papier sale, tout en fumant une très grande pipe.

«Asseyez-vous, messieurs», dit-il, quand les deux compagnons entrèrent, et il leur indiqua, de la tige de sa pipe, un banc de sapin. Ils s'assirent donc, sans même soulever leurs chapeaux, tirèrent leurs pipes de leurs poches et se mirent en devoir de les allumer.