Passe en chantant d'une voix cassée Mme Penquer, poète vieux jeu, qui mit en vers mal rythmés les merveilleux rythmes de Chateaubriand et détruisit les périodes des Martyrs sous prétexte de les orner de rimes. Voici Louise Réville, féministe vaillante et incorrecte. Et j'aperçois Mme Henri de Régnier, fille et femme d'habiles et vides versificateurs, presque aussi habile et encore plus vide.
Galope Pauline Savari, cabotine et sacrée Cosaque, que suit lentement, de loin, souriante mais grave, la baronne Staffe, professeur de mondanités puériles et de puérilités mondaines.
Et voici encore Olivier des Armoises, Mme de Blocqueville, la baronne de Blaye, Berthe Balley, Mme Bourron des Clayes, Claire de Blandinières, Mlle Blaze de Bury, Mme Paul Bourget, Camille Bias, Mme Ernest Bosc, la baronne de Baulny, Jeanne Cazin, Jean Dalvy, Jean Darcy, Mme Danville, Marie Darcey, Aimée Fabrègue, Mme Octave Feuillet, Mme Eugène Garcin, Rosemonde Gérard, Marie-Robert Halt, Isabelle Kaiser, Mme Lescot, la pédantesque Mme Lecomte du Nouy.
Je m'arrête. Pourquoi m'époumonner à une sèche énumération et où trouver les mots pour distinguer tant de sottises si égales et souvent si pareilles?
Passez en paix, les amazones. Le soir tombe et j'ai fini ma journée. Je ne ferai plus à aucune d'entre vous l'aumône d'un coup de massue.
XVI
PAIX ÉQUITABLE
Ceux qui m'ont suivi jusqu'ici reconnaîtront que j'ai fait un tableau impartial de l'actuelle littérature féminine. J'ai «massacré» impitoyablement ce qui m'a paru nul ou médiocre; mais j'ai exalté en une joie la beauté des vraies œuvres rencontrées. Et mon enthousiasme s'exprima aussi librement quand l'écrivain admiré était célèbre et s'appelait Mme Daudet ou Marni et quand il était inconnu et signait Max Lyan ou Jacques Fréhel.
On me rendra une autre justice; amoureux de toute beauté et brutal contre tout «sot livre», je me suis montré également sévère pour les faux artistes des deux sexes, et j'ai soulevé autant de colères puériles chez les femelles imitatrices et chez les mâles impuissants.
Ce salaire de fureurs me satisfait. Les injures, publiques ou privées, signées ou anonymes, que souleva ma critique franche me furent autant de joies. Mais, parmi les approbations qui me vinrent, nombreuses aussi, quelques-unes me répugnent et je veux les repousser du pied.