Le bavardage de Laurenty n'a pas de sujet. Ça commence par la ruine du notaire Bardalys, ça finit par la vérole de son petit-fils; entre les deux catastrophes, des anecdotes sans intérêt et sans unité. Si, pourtant, une unité de sentiment, faux et mal joué: Laurenty ne reconnaît que l'amour sensuel, et elle le déclare décevant, et elle l'injurie, le plus souvent avec des paroles de Schopenhauer, parfois avec des phrases à elle, toutes gargouillantes de je ne sais quel lyrisme hystérique. Athée du sentiment, insatisfaite par la sensation, elle reste de longues heures, agenouillée devant le dieu Phallus, à cracher des blasphèmes[ [2].
[2] Je fais de la critique et je ne parle jamais que d'attitudes littéraires. Cette déclaration superflue, il me convient de la formuler, une fois pour toutes, à l'occasion de Jean Laurenty qui, me dit-on, n'a ni frère ni mari. Mais j'autorise, de grand cœur, frères et maris à l'oublier, si ça peut leur faire plaisir.
Paul Georges hésite entre l'étude de caractère et l'étude de mœurs: elle ne prend aucun des deux lièvres. L'Agrippine bourgeoise qu'elle a voulu peindre est manquée, molle et fuyante. Mater gloriosa nous conduit parmi les politiciens. Et, certes, les toutes petites intrigues qu'on décore aujourd'hui du nom de politique pourraient être comprises par une femme. Mais Paul Georges est une fillette. Ses hommes politiques sont vertueux, ineffablement: ils rendent les millions volés par beau-papa. On voit que nous sommes loin de la réalité contemporaine.
Madame Paul Junka a des qualités presque solides et elle a su choisir son sujet. Elle nous fait pénétrer dans le monde si efféminé du clergé parisien. Et elle les connaît bien, et elle les pénètre jusqu'au fond, ses vicaires et ses curés. Malgré beaucoup de lacunes et de faiblesses, son livre m'a fait plaisir par sa documentation abondante, par la finesse de sa psychologie et même par cette vie frêle du style que je signalais tout à l'heure.
Car le bas-bleu n'a pas la puissance de construire une œuvre large. Mais si à quelque apparence de talent il joint un peu de bonheur, il lui arrive d'écrire un livre incomplet et intéressant.
Qu'on ne m'accuse pas de mépriser la femme, parce que j'ai dit à telle déguisée: «Beau masque, ta barbe est postiche.» La femme a peut-être d'autres mérites que celui de porter la barbe.
III
LES CYGNES NOIRS
L'amazone a toutes les prétentions. Non seulement elle fait la bête pour vouloir faire l'homme; souvent elle devient je ne sais quel animal de cauchemar, monstrueux et irréel, parce qu'elle s'efforça d'être un homme extraordinaire, d'une invraisemblable unité, idéalement et continûment sublime, ou continûment et idéalement pervers. Le bas-bleu tient à nous montrer: 1o une virilité; 2o des ailes d'aube ou de ténèbres. Il est ange ou démon.