Je me console des inepties que Louise France a publiées dans la Fronde, en me disant que cette puissante tragédienne, que son talent ne tire pas de la misère, a sans doute gagné quelque argent à devenir un ridicule écrivain. Et pourtant ce me fut un chagrin de voir cette expressive interprète essayer un moyen d'expression pour lequel elle n'est point faite et dévoiler son vide intérieur. Mon sourire était triste quand elle me contait ses tournées, sans esprit, remplaçant la verve par des souvenirs livresques et de banales citations. Je ne m'égayais pas non plus à lui voir parodier Musset:
Si vous croyez que je vais dire
Qui j'ose aimer,
On a bien moins que sous l'Empire
Droit de parler...
et adresser une déclaration, d'un grotesque inconscient, à Zola «sans le nommer»! Je ne parvenais même pas à rire quand, voulant être grandiloquente et émouvante, elle imitait les vers de Mlle Couësdon;
«Une femme, une épouse, mère,—est, en ce moment, conspuée,—honnie par un peuple affolé.
«Son époux, Mme Marie,—tel jadis votre fils aimé,—sans rémission est condamné.»
Mme Carette née Bouvet,—car, malgré ses deux noms campagnards, Mme Carette tient beaucoup à être née,—a écrit sur la cour des Tuileries d'insignifiants papotages. Mlle Mélégari, qui sait probablement le latin, a signé Forsan des romans quelconques et prêcheurs. Elles sont plus connues comme éditrices. La première a publié un «choix de mémoires et écrits des femmes françaises aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, avec leurs biographies» que l'Académie a eu le courage de couronner. A la seconde nous devons le Journal intime de Benjamin Constant et son introduction solennelle.