—Non, merci! cela me fait mal, dit le petit homme en repoussant le tabac.

—Ah! vous n'en usez pas!» fit-il familièrement; et il fourra le morceau dans sa bouche.

Le vieux petit gentleman se reculait vivement chaque fois que son frère aux longues côtes crachait dans sa direction. Celui-ci, s'en apercevant, se détourna obliquement, et, dirigeant son artillerie d'un autre côté, il commença de battre en brèche un des landiers avec un déploiement de génie militaire suffisant pour prendre une ville.

«Qu'est-ce que cela? s'écria le vieux gentleman envoyant une partie de l'assemblée se former en groupe autour d'une affiche.

—Un nègre en fuite,» telle fut la réponse laconique d'un des lecteurs.

M. Wilson, tel était le nom du vieux gentleman, M. Wilson se leva, et, après avoir soigneusement rangé sa valise et son parapluie, il tira ses lunettes, les fixa sur son nez, et, cette opération une fois achevée, il lut ce qui suit:

«S'est enfui de la maison du soussigné l'esclave mulâtre Georges, taille de six pieds[9], teint presque blanc, cheveux bruns bouclés, très-intelligent; parle bien, sait lire et écrire; il essayera probablement de se faire passer pour un blanc; il a de profondes cicatrices sur le dos et sur les épaules; la main droite a été marquée au feu de la lettre H.

«Quatre cents dollars à qui le ramènera vivant. La même somme sur preuve justificative qu'il a été tué.»

Le vieux gentleman lut d'un bout à l'autre l'avertissement, comme s'il l'eût étudié.

Le vétéran aux longues jambes, qui avait fait le siége des chenets, ramassa son ennuyeuse longueur, et, cambrant sa vaste taille, il s'avança jusqu'à l'affiche et lança très-résolûment contre elle une gorgée de tabac.