«Ce sont les adieux de M. Harris, fit-il avec mépris. Il y a quinze jours, il lui prit fantaisie de me faire cette marque, parce que, disait-il, il pensait que je tâcherais de m'évader au premier moment. C'est particulier!... qu'en dites-vous?... Et il remit son gant.
—Je déclare que mon sang se glace quand je pense à tout cela.... Votre position, vos périls.... oh!
—Mon sang, à moi, a été glacé dans mes veines pendant des années.... il bouillonne maintenant! Allons, cher monsieur, reprit-il après quelques instants de silence, j'ai vu que vous me reconnaissiez, et j'ai voulu causer un peu avec vous, pour que votre surprise ne me trahît pas. Mais adieu! je pars demain matin de bonne heure, avant le jour. Demain soir, j'espère dormir en sécurité sur la rive de l'Ohio! Je voyagerai de jour, descendrai aux meilleurs hôtels, et dînerai à la table commune, avec les maîtres de la terre! Allons! adieu, monsieur, si vous apprenez que je suis pris, vous saurez que je suis mort.... Adieu!»
Georges se tint droit et ferme comme un roc, et tendit la main avec la dignité d'un prince. Le bon petit vieillard la secoua cordialement, et, après avoir jeté autour de lui un regard timide, il prit son parapluie et sortit.
Georges demeura un instant pensif, attachant ses regards sur la porte qu'il fermait. Une pensée traversa son esprit: il s'élança vers la porte, et l'ouvrant:
«Monsieur Wilson, encore un mot!»
M. Wilson rentra. Georges ferma la porte à clef comme auparavant, attacha un instant ses yeux irrésolus sur le parquet, puis enfin relevant la tête par un soudain effort:
«Monsieur Wilson, vous vous êtes conduit avec moi comme un chrétien. J'ai besoin de vous demander encore un acte de bonté chrétienne.
—Allez, Georges.
—Eh bien! monsieur, ce que vous disiez est vrai. Je cours un danger terrible; que je meure.... je ne connais pas en ce monde âme vivante qui seulement y prenne garde....» On entendait les palpitations de sa poitrine haletante; il ajouta avec un pénible effort: «On me jettera là comme un chien, et, un jour après, personne n'y pensera.... excepté ma pauvre femme! pauvre âme! elle se désolera et pleurera.... Si vous vouliez bien essayer de lui faire passer cette petite épingle. C'est un présent de Noël qu'elle m'a fait. Chère, chère enfant! Donnez-le-lui, et dites lui que je l'ai aimée jusqu'à la fin.... Voulez-vous, monsieur, voulez-vous? reprit-il d'une voix émue.