—Oui, mais qui sait? il peut mourir, et l'enfant peut être vendu on ne sait à qui. A quoi lui sert d'être si beau, si vif, si brillant? Je vous le dis, Élisa, un glaive vous percera l'âme pour chaque grâce ou chaque qualité de votre enfant.... Il vaudra trop pour qu'on vous le laisse....»

Ces paroles mordaient cruellement le cœur d'Élisa. Le fantôme du marchand d'esclaves passa devant ses yeux.... Comme si elle eût reçu le coup de la mort, elle pâlit, le souffle lui manqua.... Elle jeta un coup d'œil vers le vestibule où l'enfant s'était retiré pendant cette grave et triste conversation. Le bambin cependant, superbe comme un triomphateur, se promenait à cheval.... sur la canne de M. Shelby. Élisa aurait bien voulu confier ses craintes à son mari, mais elle n'osa.

«Non, pensa-t-elle, son fardeau est déjà assez lourd.... pauvre cher homme! Non, je ne lui dirai rien.... Et puis, ce n'est pas vrai.... ma maîtresse ne m'a jamais trompée!

—Allons, Élisa, mon enfant, dit le mari tristement, du courage et adieu! je m'en vais....

—T'en aller! t'en aller! et où vas-tu, Georges?

—Au Canada, dit-il en maîtrisant son émotion. Et quand je serai là, je vous achèterai.... c'est le dernier espoir qui nous reste. Vous avez un bon maître, il ne refusera pas de vous vendre.... je vous achèterai, vous et l'enfant.... Oui, si Dieu m'aide, je ferai cela.

— Oh malheur! Et si vous étiez pris?

—Je ne serai pas pris, Élisa, je mourrai auparavant.... je serai libre ou mort.

—Vous ne vous tuerez pas vous-même?

—Ce n'est pas nécessaire.... ils me tueront assez vite.... Mais ils ne me livreront pas vivant aux marchands du sud.