—Oh! que feras-tu? Georges, ne fais rien de mal.... si seulement tu crois en Dieu, et que tu essayes de faire le bien.... il te sauvera.
—Je ne suis pas chrétien comme vous, Élisa; mon cœur est plein d'amertume, je ne peux avoir confiance en Dieu.... Pourquoi permet-il que les choses aillent ainsi?
—Georges, il faut croire: ma maîtresse dit que, si les choses semblent tourner contre nous, nous devons penser que Dieu cependant fait tout pour notre bien.
—C'est aisé à dire à des gens qui sont assis sur des sofas et voiturés dans leurs équipages. Qu'ils soient à ma place, et je gage qu'ils changeront de discours.... Oh! je voudrais être bon.... mais mon cœur brûle, rien ne peut l'éteindre.... Vous-même vous ne pourriez pas.... si je disais tout.... car vous ne savez pas encore toute la vérité!
—Que peut-il y avoir encore?
—Écoutez! dernièrement le maître a dit qu'il avait eu grand tort de me laisser marier hors de sa maison; qu'il déteste M. Shelby et les siens, parce qu'ils sont orgueilleux et qu'ils portent la tête plus haut que lui. Il dit que vous me donnez des idées d'orgueil, qu'il ne me laissera plus venir ici, mais que je prendrai une autre femme et m'établirai chez lui. Il se contenta d'abord d'insinuer et de murmurer cela tout bas; mais hier il me dit que j'aurais à prendre Mina dans ma cabane, ou qu'il me vendrait de l'autre côté de la rivière.
—Cependant, vous êtes marié avec moi par le ministre, aussi bien que si vous eussiez été un blanc, dit Élisa tout naïvement.
—Eh! ne savez-vous pas qu'une esclave ne peut pas être mariée? Il n'y a pas de loi là-dessus dans ce pays. Je ne puis vous garder comme femme s'il veut que nous nous séparions.... et voilà pourquoi je voudrais ne vous avoir jamais vue! voilà pourquoi je voudrais ne pas être né.... Ce serait meilleur pour tous deux, meilleur pour ce pauvre enfant qu'attend un pareil sort....
—Oh! notre maître à nous est si bon!