—Voyons, Ruth, assieds-toi et soupe, dit Rachel.

—Impossible! Imagine-toi, j'ai laissé John avec le baby.... et des gâteaux au four.... Si je m'arrête une minute, John va laisser brûler les gâteaux et donner à l'enfant tout ce qu'il y a de sucre à la maison. C'est son caractère, dit la petite quakeresse en riant. Ainsi, adieu Élisa! adieu Georges! que Dieu protége votre voyage!...»

Et elle disparut en sautillant.

Un moment après, une grande voiture couverte s'arrêta devant la porte. La nuit était claire et toute scintillante d'étoiles. Phinéas sauta vivement à bas de son siége pour faire placer les voyageurs. Georges sortit; il tenait son enfant d'une main, sa femme de l'autre. Son pas était ferme, son visage plein de courage et de résignation. Rachel et Siméon venaient après lui.

«Descendez un peu, vous autres, dit Phinéas à ceux qui se trouvaient déjà dans la voiture, que j'arrange le fond pour les femmes et pour l'enfant.

—Voilà deux peaux du buffle, dit Rachel, mets-les sur le banc; les cahots sont durs, la nuit.»

John descendit le premier et aida sa mère à descendre. Il en prenait le soin le plus touchant. La pauvre femme jetait partout des regards inquiets, comme si elle se fût attendue à voir à chaque instant arriver ses persécuteurs.

«Jim, vos pistolets! dit Georges à voix basse. Et vous savez ce que nous ferons, si on nous attaque....

—Si je le sais! dit Jim en montrant sa large poitrine et en respirant vaillamment.... Ne craignez rien, je ne leur laisserai pas reprendre ma mère!»

Pendant qu'il échangeait ces quelques mots, Élisa avait pris congé de sa bonne amie Rachel. Siméon la plaça dans la voiture, et elle s'y installa dans le fond avec son enfant. La vieille femme vint se placer à côté d'elle. Georges et Jim se placèrent devant elle sur un banc grossier, et Phinéas sur le siége.