—Que lui fîtes-vous? s'écria Marie.

—Ce fut bien simple.... Je le fis mettre dans ma chambre, je lui donnai un bon lit.... je pansai ses blessures.... je le veillai moi-même jusqu'à ce qu'il fût debout.... puis je l'affranchis, et je lui dis qu'il pouvait s'en aller où il lui plairait....

—Et s'en alla-t-il? fit miss Ophélia.

—Non; l'imbécile déchira le papier en deux et refusa de me quitter.... Je n'ai jamais eu un serviteur plus dévoué.... fidèle et vrai comme l'acier!... Quelque temps après il se fit chrétien et devint doux comme un enfant.... Il surveilla mon habitation sur le lac et s'acquitta de ce soin d'une façon irréprochable; le choléra l'a emporté.... Je puis dire qu'il a donné sa vie pour moi.... J'étais malade à la mort; c'était une vraie panique; tout le monde m'abandonnait. Scipion fit des efforts inouïs... et me rappela à la vie; mais le pauvre homme fut pris lui-même; on ne put le sauver.... Je n'ai perdu personne que j'aie regretté davantage.»

Éva, pendant ce récit, s'était peu à peu rapprochée de son père, ses petites lèvres entr'ouvertes, ses yeux dilatés, et, sur son visage, toutes les marques d'un intérêt absorbant.

Quand Saint-Clare se tut, elle lui jeta les bras autour du cou, fondit en larmes et éclata en sanglots convulsifs.

«Éva, chère enfant.... qu'est-ce donc? dit Saint-Clare en voyant cette frêle créature toute tremblante d'émotion.... Il ne faut plus rien dire de pareil devant elle.... elle est si nerveuse!

—Papa, je ne suis pas nerveuse, dit Éva en se dominant avec une puissance de résolution singulière chez une aussi jeune enfant; je ne suis pas nerveuse, mais ces choses-là me tombent dans le cœur!...

—Que voulez-vous dire Éva?

—Je ne saurais vous expliquer.... Je pense bien des choses.... Peut-être qu'un jour je vous les dirai.