«Il est inutile, papa, de s'occuper de moi plus longtemps. Voici venir le moment où je vous quitterai.... Je m'en vais pour ne plus revenir....»
Évangéline soupira.
—Ah! comment, ma chère petite Éva, dit Saint-Clare d'une voix qu'il voulait rendre gaie et que l'émotion rendait tremblante, vous devenez nerveuse? vous vous laissez abattre!... Il ne faut pas vous abandonner à ces sombres pensées.... Voyez! je vous ai acheté une petite statuette.
—Non, père, dit Éva en repoussant doucement l'objet, il ne faut pas vous y tromper.... Je ne suis pas mieux, je le vois bien.... Je vais partir avant peu.... Je ne suis pas nerveuse, je ne me laisse pas abattre.... Si ce n'était pour vous, père, et pour ceux qui m'aiment, je serais parfaitement heureuse.... Il faut que je m'en aille... bien loin, bien loin!
—Mais qu'as-tu, chère, et qui donc a rendu ce pauvre petit cœur si triste?... On te donne ici tout ce qui peut te rendre heureuse!
—J'aime mieux aller au ciel: cependant, à cause de ceux que j'aime, je voudrais bien consentir à vivre encore. Il y a bien des choses ici qui m'attristent, qui me semblent terribles.... J'aimerais mieux être là-haut.... et pourtant je ne voudrais pas vous quitter.... Tenez! cela me brise le cœur.
—Eh bien! dites-moi ce qui vous attriste, Éva! Dites-moi ce qui vous semble si terrible.
—Mon Dieu! des choses qui se sont toujours faites.... qui se font tous les jours.... Tenez! ce sont tous nos esclaves qui m'affligent.... ils m'aiment bien, ils sont tous bons et tendres pour moi.... je voudrais qu'ils fussent libres....
—Mais, chère petite, voyez!... est-ce qu'ils ne sont pas assez heureux chez nous?...