Tom poussa un gros soupir.

«On dirait vraiment, reprit Saint-Clare, qu'il a été donné aux enfants et aux pauvres gens comme vous, Tom, de voir ce que nous ne pouvons voir, nous.... Comment cela se fait-il?

—Tu t'es caché aux habiles et aux sages, et tu t'es révélé aux petits enfants, murmura Tom; et tu as agi ainsi, ô Jésus! parce que cela a paru bon à tes yeux.

—Tom, je ne crois pas, je ne puis pas croire! j'ai maintenant l'habitude du doute. Oh! je voudrais croire à cette Bible. Je ne le puis!

—Cher maître, priez le bon Dieu; dites: Seigneur, je veux croire, donnez-moi la foi!

—Qui sait rien de rien? dit Saint-Clare, les yeux errants, rêveur et se parlant à lui-même. Tout ce bel amour, toute cette foi, ce n'est peut-être qu'une de ces phases fugitives du sentiment humain. Rien de réel sur quoi l'on puisse se reposer. Quelque chose qui s'évanouit comme un souffle. Plus d'Éva, plus de ciel, plus de Christ, rien! rien!

—Si, si! ô maître! tout cela est, je le sais, j'en suis sûr, s'écria Tom en tombant à genoux; croyez, cher maître, croyez, croyez!

—Comment savez-vous qu'il y a un Christ? dit Saint-Clare, vous ne l'avez jamais vu.

—Je l'ai senti dans mon âme, ô maître!... et maintenant encore je le sens!... Tenez, maître.... quand je fus vendu, arraché à ma vieille femme et à mes petits enfants,... cela me brisa.... il me sembla que tout était fini pour moi.... qu'il n'y avait plus rien. Mais le Seigneur se tint à côté de moi, et il me dit: Tom! ne crains rien. Et il apporta la lumière et la joie dans l'âme d'un pauvre esclave.... il y fit la paix.... et je suis heureux, et j'aime tout le monde, et je sens que je veux être au Seigneur et faire sa volonté.... et devenir ce qu'il veut que je sois.... Et je sais bien que tout cela ne pouvait pas venir de moi, qui ne suis qu'une pauvre créature. Cela venait du Seigneur.... et il fera tout aussi pour mon maître!»