Miss Ophélia ressentait aussi cette perte; mais dans ce cœur honnête et bon la douleur portait les fruits de l'autre vie, la vie qui ne finira pas. Elle était plus facile et plus douce.... aussi zélée pour chaque devoir, elle avait quelque chose de plus calme et de plus modeste.... on voyait qu'elle rentrait plus souvent en son cœur, et ce n'était pas en vain: elle s'occupait plus activement de l'éducation de Topsy. Elle lui apprenait des passages de la Bible. Elle ne frissonnait plus à son approche, elle n'avait plus à cacher une répugnance qu'elle n'éprouvait pas! Elle la voyait à travers ce milieu si doucement évoqué devant ses yeux par Éva; et ce qu'elle voyait en elle, c'était une créature immortelle, que Dieu lui avait envoyée pour qu'elle la conduisît à la gloire et à la vertu.... Topsy n'était pas devenue une sainte tout d'un coup; mais cependant la vie et la mort d'Éva avaient produit en elle un notable changement.
La dure indifférence était partie.... il y avait maintenant en elle de la sensibilité, et l'espérance, le désir, l'effort du bien, effort irrégulier, suspendu, interrompu.... mais renouvelé.
Un jour miss Ophélia fit appeler Topsy... Elle sortit en toute hâte, cachant quelque chose dans sa poitrine.
«Que faites-vous là, petite coquine? Vous venez de voler quelque chose, je gage?» dit l'impérieuse petite Rosa, qu'on avait envoyée chercher l'enfant; et, au même instant, elle la saisit brusquement par le bras.
«Laissez-moi, miss Rosa, dit Topsy en se débarrassant d'elle, cela ne vous regarde pas!...
—Encore un de vos tours.... Je vous connais! je vous ai vue cacher quelque chose....»
Rosa la prit par le bras et voulut la fouiller.
Topsy, furieuse, frappait des mains et des pieds et combattait violemment pour ce qu'elle regardait comme son droit.
Les clameurs et le bruit de la bataille attirèrent miss Ophélia et Saint-Clare.
«Elle a volé! disait Rosa.