La jeune fille monta à son tour sur le tréteau, timide et tremblante.
Le sang reflue à ses joues pâles.... le feu de la fièvre est dans ses yeux. La mère gémit en voyant qu'elle est plus belle que jamais. Le vendeur voit ses avantages.... il les exploite.... Les enchères montent rapidement.
«Je ferai tout ce qui me sera possible,» dit l'honnête gentleman en poussant avec les autres.
Bientôt il ne peut plus suivre.... il se tait. Le commissaire s'échauffe.... Il y a moins de concurrents. La lutte est entre un vieil habitant de la Nouvelle-Orléans, très-aristocrate de sa nature, et le petit homme à la tête de boule. L'aristocrate continue le feu, en jetant à son adversaire un coup d'œil de mépris. Mais le petit homme a sur lui le double avantage de l'obstination et de l'argent. La lutte ne dure qu'un instant. Le marteau retombe.... A lui la jeune fille, corps et âme, si Dieu ne vient en aide à l'innocence.
Le nouveau maître s'appelle M. Legree, il possède une plantation sur les bords de la rivière Rouge. On pousse Emmeline dans le lot de Tom, avec les deux autres hommes, et elle s'en va, et en s'en allant elle pleure.
Le bon gentleman est désolé..., mais on voit ces choses-là tous les jours.... Oui! à ces ventes on voit des mères et des filles qui pleurent en répétant le mot toujours.... On ne peut pas empêcher cela.... et... et... et... et il s'en va de son côté avec sa nouvelle acquisition.
Deux jours après l'homme de loi de la maison chrétienne B. et Cie de New-York envoyait l'argent à ses commettants. Ah! sur le revers de la traite qui paye ce marché, écrivons ces mots du grand PAYEUR GÉNÉRAL, à qui un jour tous viendront rendre leurs comptes: «Il fera une enquête sur le sang, et il n'oubliera pas les pleurs des humbles!»