«Allons, chipie! dit le commissaire.... on ne pleurniche pas ici! la vente va commencer!»

La vente commença en effet.

Adolphe fut adjugé, pour une somme assez ronde, au jeune homme qui avait manifesté tout d'abord l'intention de l'acheter. Les autres esclaves de Saint-Clare passèrent à différents acquéreurs.

«A vous, garçon! dit le vendeur à Tom. Allons! entendez-vous?...»

Tom monta sur le tréteau, jetant autour de lui des regards inquiets. On entendait un bruit confus, sourd, où l'on ne pouvait plus rien distinguer. Le glapissement du crieur, qui hurlait ses qualités en anglais et en français, se mêlait au tumulte des enchères des deux nations. Enfin, le marteau retentit; on entendit sonner nette et claire la dernière syllabe du mot dollar! C'en était fait, Tom était adjugé, il avait un maître.

On le vit descendre de dessus le tréteau. Le petit homme à tête ronde le saisit brutalement par une épaule, le poussa dans un coin, en lui disant d'une voix rude:

«Restez là, vous!»

Tom n'avait plus conscience de rien.... Les enchères continuaient, sonores, éclatantes, françaises, anglaises, ou mélangées des deux langues. Le marteau retombe encore.... Cette fois, c'est Suzanne qui est vendue.... Elle descend de l'estrade, s'arrête, se retourne, regarde.... Sa fille lui tend les bras... Elle, la mort sur le visage, elle regarde celui qui vient de l'acheter: c'est un homme entre deux âges.... il est bien.... il paraît bon.

«Oh! monsieur! si vous vouliez acheter ma fille!

—Je le voudrais, mais j'ai peur de ne pas pouvoir,» répondit-il en jetant sur Emmeline un regard tout rempli d'un douloureux intérêt....