Legree prit son fouet.

«Vous, ma belle, vous allez entrer là avec moi,» fit-il à Emmeline.

A ce moment, une face noire et sauvage apparut à une des fenêtres. Comme Legree ouvrait la porte, on entendit une voix de femme, impérieuse et violente.... Tom, qui suivait Emmeline des yeux avec un véritable intérêt, entendit cette voix.... Legree, irrité, répondit: «Taisez-vous! avec vous tous, je ferai ce qui me plaira.»

Tom ne put en entendre davantage; il dut suivre Sambo et se rendre aux quartiers.

Les quartiers formaient une sorte de rue bordée de huttes grossières, à une certaine distance de l'habitation. C'était d'un aspect sombre, triste et dégoûtant. Tom se sentait défaillir. Il se réjouissait déjà à la pensée d'une petite case, bien simple sans doute, mais qu'il aurait pu rendre tranquille et calme, où il aurait eu une planchette enfin pour mettre sa Bible, une petite retraite où venir penser, après les rudes heures du travail; il entra dans plusieurs huttes. Ce n'était que des abris.... Pour tout meuble, un monceau de paille, pleine d'ordures, jetée sur l'aire; l'aire, c'était la terre nue, battue par mille pieds!

«Laquelle de ces cases sera à moi? dit-il à Sambo d'un ton soumis.

—Je ne sais pas.... peut-être celle-ci.... je crois qu'il y a encore de la place pour un. Il y a des tas de nègres dans toutes, je ne sais comment faire pour y en fourrer d'autres.»



Il était déjà tard quand le troupeau des travailleurs regagna ses misérables huttes, hommes et femmes, vêtus de haillons souillés et misérables! fort peu disposés sans doute à voir d'un bon œil les nouveaux arrivants. Les bruits qui partaient du hameau n'avaient rien de bien attrayant; des voix gutturales et rauques se disputaient autour des moulins à main, où il fallait moudre le mauvais grain destiné au gâteau du soir, triste et maigre souper! Ils étaient dans les champs, depuis l'aube matinale, courbés vers la rude tâche sous le fouet vigilant du gardien. C'était le moment le plus terrible de la saison.... l'ouvrage pressait.... et on voulait tirer de chacun tout ce que chacun pouvait donner.... Mon Dieu! dira quelque oisif, il n'est déjà pas si pénible d'éplucher du coton! En vérité! mais il n'est pas non plus si pénible de recevoir une goutte d'eau sur la tête.... Eh bien! l'inquisition elle-même, n'a pu trouver de supplice plus atroce qu'un peu d'eau, tombant goutte à goutte, incessamment, avec une succession monotone, à la même place!... Un travail assez doux par lui-même devient insupportable par la continuité des heures, par la monotonie de l'occupation.... et par cette affreuse pensée que ce travail, on est obligé de le faire.