Pendant que la troupe défilait, Tom cherchait des yeux s'il n'apercevait pas quelque visage sociable. Les hommes étaient sombres, misérables, abrutis; les femmes faibles, tristes, découragées.... Il y en avait qui n'étaient même pas des femmes! Les forts tyrannisaient les faibles. C'était l'égoïsme brutal et grossier, dont on ne peut plus rien attendre de bon. Traités comme des bêtes, ces malheureux étaient descendus aussi bas que la nature humaine puisse tomber! Le grincement de la roue se prolongea fort avant dans la nuit. Il y avait peu de moulins, et, comme les grands chassaient les petits, le tour de ceux-ci ne vint que bien tard.

«Or çà! dit Sambo allant vers la mulâtresse et jetant devant elle un sac de maïs, quel diable de nom avez-vous?

—Lucy.

—Eh bien! Lucy, vous voilà maintenant ma femme; faut moudre ce grain-là et me faire mon souper: vous entendez?

—Je ne suis pas votre femme et ne veux pas l'être, dit Lucy avec le soudain et brûlant courage du désespoir. Allez-vous-en!

—Des coups de pied, alors! fit Sambo avec un geste de menace.

—Tuez-moi, si vous voulez.... le plus tôt sera le mieux.... Je voudrais être morte.

—Eh bien! Sambo, voilà comme vous tourmentez les gens!... je le dirai à votre maître, fit Quimbo, occupé autour d'un moulin, d'où il avait chassé deux ou trois malheureuses femmes qui attendaient leur tour.

—Et moi, vieux nègre, répliqua Sambo, je vais lui dire que vous ne voulez pas laisser approcher les femmes du moulin. Vous devez garder votre rang.»

Tom mourait de fatigue et de faim, et tombait d'épuisement.