—Dieu ne visite jamais ces parages,» répondit la femme, d'une voix remplie d'amertume.
Elle s'éloigna rapidement, et le même sourire dédaigneux revint plisser ses lèvres.
Le surveillant l'avait aperçue; il courut à elle en brandissant son fouet:
«Eh bien, eh bien! dit-il à la femme d'un air de triomphe, vous aussi, vous fraudez!... Allons!... vous voilà en mon pouvoir maintenant.... Prenez garde, ou vous verrez beau jeu!»
Un regard, un éclair, jaillit des yeux noirs de l'étrangère; la lèvre frémissante, les narines dilatées, elle se retourna, s'approcha de Sambo, darda sur lui des regards tout brûlants de colère et de mépris.
«Chien, dit-elle, touche-moi, si tu l'oses!... J'ai encore assez de pouvoir pour te faire déchirer par les dogues, couper en morceaux et brûler vif; je n'ai qu'un mot à dire!
—Eh bien! alors, pourquoi diable êtes-vous ici? reprit Sambo atterré, en faisant timidement quelques pas en arrière; je ne veux pas vous faire de mal, miss Cassy!
—Décampez, alors...»
La femme se remit à l'ouvrage; elle travaillait avec une rapidité prodigieuse. Tom était ébloui; l'ouvrage se faisait comme par enchantement. Avant la fin du jour, elle avait rempli son panier jusqu'au bord. C'était tassé et empilé. Plusieurs fois cependant elle était venue au secours de Tom. Longtemps après le coucher du soleil, les esclaves, fatigués, le panier sur la tête, et marchant à la file, se rendirent aux bâtiments où le coton était pesé et emmagasiné.
Legree se livrait à une conversation fort animée avec ses deux surveillants.