«Allons! je sais bien une chose, dit-il en rentrant dans le salon, où il s'assit; maintenant, il faut laisser ce garçon tranquille.... Qu'avais-je besoin de ce maudit papier? Je crois que je suis ensorcelé.... en vérité! J'ai eu le frisson et la sueur depuis ce moment-là.... Où a-t-il eu cette boucle de cheveux?... Ce ne peut pas être celle.... oh! non.... je l'ai brûlée.... je suis sûr que je l'ai brûlée.... Ce serait trop drôle si les cheveux pouvaient quitter d'eux-mêmes la tête des morts.»

Oui, Legree, cette tresse avait un charme! chacun de ses cheveux murmurait une syllabe de terreur et de remords à ton oreille.... Reconnais donc l'effort d'une main puissante, qui veut empêcher tes mains cruelles de tourmenter ces malheureux!

«Eh bien! fit Legree en frappant du pied et en sifflant ses chiens, réveillez-vous, quelques-uns, et faites-moi compagnie!»

Mais les chiens n'ouvrirent qu'un œil endormi, et le refermèrent bientôt....

«Allons! je vais faire venir Sambo et Quimbo, pour qu'ils chantent, et qu'ils me dansent quelques-unes de leurs danses de l'enfer.... cela va chasser ces horribles idées.»

Il mit son chapeau, se rendit sous la véranda, et sonna d'une trompe dont il se servait pour appeler ses noirs acolytes.

Legree, quand il était en belle humeur, admettait assez volontiers ces deux drôles dans son salon, et, quand il les avait échauffés par le wisky, il les faisait danser, chanter ou se battre, suivant le caprice du moment.

Il pouvait être entre une ou deux heures du matin: Cassy, qui revenait de soigner le pauvre Tom, entendit ces cris, ces hurlements, ces trépignements, mêlés à l'aboiement des chiens, en un mot, tous les indices d'un sabbat d'enfer.

Elle s'approcha et regarda.

Legree et les deux surveillants, dans un état d'ivresse furieuse, chantaient, hurlaient, renversaient les chaises et se faisaient les uns aux autres les plus affreuses grimaces.