—Je ne veux rien vous dire.... je hais d'y penser.... Dieu seul peut savoir ce que nous verrons demain.... si ce pauvre diable persévère.

—Horreur! s'écria Emmeline; et elle devint pâle comme la mort.... Oh! Cassy, que ferai-je? dites-le moi!

—Ce que j'ai fait. Faites de votre mieux, faites ce que vous devez faire, en maudissant et en haïssant.

—Il voulait me faire boire de cette détestable eau-de-vie.... Je ne peux la souffrir.

—Vous ferez mieux de boire. Je la détestais bien aussi, et maintenant je ne puis m'en passer. Il faut bien avoir quelque chose pour soi.... notre position est moins affreuse quand nous avons bu!

—Ma mère me disait toujours qu'il ne fallait même pas goûter à ces choses-là.

—Ah! votre mère.... Et Cassy prononça ce mot de mère avec une expression de sombre tristesse.... Qu'est-ce que les mères ont à dire? Vous êtes achetées et payées, vos âmes appartiennent à vos maîtres.... ainsi va le monde! Buvez de l'eau-de-vie! buvez tant que vous pourrez, les choses n'en iront que mieux!

—Oh! Cassy, ayez pitié de moi!

—Pitié de vous!... Oh! n'ai-je pas pitié de vous? n'ai-je pas eu une fille? Dieu sait où elle est et à qui elle est à présent! Elle a marché sans doute sur les traces de sa mère, comme ses enfants marcheront sur les siennes; il n'y aura pas de fin à cela: la malédiction sur nous est éternelle!

—Oh! je voudrais n'être jamais née! dit Emmeline en tordant ses mains.