—Ah! voilà un de mes anciens souhaits, dit Cassy.... Je me tuerais.... si j'osais....» Et elle regarda dans les ténèbres. Son œil avait la fixité immobile du désespoir; c'était du reste l'expression habituelle de sa physionomie au repos.

«Il est mal de se tuer, dit Emmeline.

—Je ne sais pas pourquoi! ce ne serait pas plus mal que de mener la vie que nous menons ici, jour après jour.... Mais au couvent les sœurs me disaient des choses qui me faisaient peur de la mort.... Si ce n'était que la fin de nous.... oh! dans ce cas....»

Emmeline se détourna et cacha sa tête dans ses mains.

Tandis que cette conversation avait lieu dans la chambre d'Emmeline, Legree, dompté par l'ivresse, était tombé de sommeil dans le salon.

L'ivresse, chez Legree, n'était pas une habitude: sa constitution robuste pouvait braver les excès qui auraient ruiné une organisation plus délicate; mais sa prudence, défiante et rusée, ne lui permettait pas de s'abandonner souvent à ses instincts au point de perdre la raison.

Cette nuit-là, dans ses fiévreux efforts pour chasser le remords et le chagrin qui le dévoraient, il s'était livré complétement; quand il eut renvoyé ses deux compagnons, il s'étendit sur un siége du salon et s'endormit....

Oh! comment les méchants osent-ils pénétrer dans ce monde inconnu du sommeil, terre que ses horizons incertains séparent à peine du royaume mystérieux de la suprême justice?

Legree rêvait.