Après de longues et infructueuses recherches, Georges rencontra un homme de la Nouvelle-Orléans qui lui donna tous les détails désirables. Il partit, argent en poche, pour la rivière Rouge, bien décidé à racheter son vieil ami.

On l'introduisit. Legree était au salon.

Legree reçut le jeune étranger avec une politesse assez brusque.

«J'ai appris, dit Georges, que vous avez acheté à la Nouvelle-Orléans un esclave du nom de Tom. Il partait de chez mon père, et je viens voir s'il ne me serait pas possible de le racheter.»

Le front de Legree se rembrunit et sa colère éclata de nouveau.

«Oui, dit-il, en effet, j'ai acheté un individu de ce nom.... C'est un marché du diable que j'ai fait là! Un chien impudent! un mauvais drôle toujours en révolte! Il poussait mes nègres à fuir.... Il a fait partir d'ici deux filles qui valaient mille dollars pièce. Il en est convenu, et, quand je lui ai ordonné de me dire où elles étaient, il a fièrement répondu qu'il le savait bien, mais qu'il ne voulait pas le dire.... et il s'est obstiné, quoique je l'aie fait fouetter d'importance et à plusieurs reprises. Je crois qu'il est en train d'essayer de mourir, mais je ne sais s'il y réussira....

—Où est-il? s'écria Georges; où est-il? je veux le voir!»

Et les joues du jeune homme s'empourprèrent, et ses yeux lancèrent des flammes. Cependant il ne dit rien encore.

«Il est dans ce magasin,» dit un petit bonhomme qui tenait le cheval de Georges.

Legree jura après l'enfant et lui envoya un coup de pied; Georges, sans ajouter une parole, s'élança vers le magasin....