Tom était resté couché deux jours depuis cette fatale nuit. Il ne souffrait plus.... tous les nerfs qui font sentir la souffrance étaient brisés ou émoussés.... il était dans une sorte de stupeur tranquille. Une organisation robuste et vaillante ne relâche pas tout d'un coup l'âme qu'elle emprisonnait; de temps en temps, pendant la nuit, les esclaves prenaient, sur les heures de leur repos, au moins quelques instants pour lui rendre ces pieux devoirs et ces consolations de l'affection, dont il avait été si prodigue envers eux.... Pauvres gens! qui avaient bien peu à donner—le verre d'eau de l'Évangile!—mais qui donnaient avec le cœur.

Sur ce visage, insensible déjà, leurs larmes étaient tombées.... larmes d'un repentir tardif dans ces âmes païennes, que son amour, sa tendresse et sa résignation avaient enfin touchées.... On murmurait sur lui des prières douloureuses, adressées à ce Sauveur enfin trouvé, dont ils ne connaissaient guère que le nom, mais que jamais n'invoquera en vain le cœur ignorant qui a la foi!

Cassy, qui s'était glissée hors de sa retraite et qui rôdait partout, l'oreille aux aguets, apprit le sacrifice que Tom avait fait pour Emmeline et pour elle. La nuit précédente, bravant le danger d'être découverte, elle était venue. Elle avait été touchée des dernières paroles qui s'étaient exhalées de cette bouche aimante, et la glace du désespoir, cet hiver de l'âme, s'était peu à peu fondue, et cette créature sombre et hautaine avait pleuré et prié.

Quand Georges entra dans le vieux magasin, il sentit que la tête lui tournait.... Il faillit se trouver mal.

«Est-il possible? est-il possible, père Tom? Mon pauvre vieil ami!»

Et il s'agenouilla par terre à côté de Tom.

Il y eut dans cette voix quelque chose qui pénétra jusqu'à l'âme du mourant.... Il remua doucement la tête et dit:

«Dieu fait mon lit de mort plus doux que le duvet!»

Georges se pencha vers le pauvre esclave, et il laissa tomber de belles larmes, qui faisaient honneur à son cœur viril.

«Père Tom! mon cher ami, réveillez-vous! parlez encore un peu.... regardez-moi! c'est M. Georges, votre petit M. Georges.... ne me connaissez-vous pas?