Ah! vraiment, il était bien difficile de suivre le programme du bon pasteur. Il réussit, cependant, à calmer tout le monde et à prononcer le petit discours qu'il avait préparé. Il le débita avec une telle onction, que tous fondirent en larmes. Il y avait de quoi satisfaire l'orateur le plus exigeant des temps anciens et des temps modernes.

Tout le monde s'agenouilla, et le missionnaire pria.... Il est des sentiments si agités et si tumultueux qu'ils ne peuvent trouver de repos qu'en s'épanchant dans le sein de l'éternel amour!... Ils se relevèrent, et toute cette famille retrouvée s'embrassa avec une souveraine confiance dans celui qui, les retirant de tant de périls et de dangers, les avait conduits par des voies si inconnues, et enfin réunis pour toujours.

Les notes des missionnaires parmi les fugitifs du Canada contiennent souvent des récits véritables plus étranges que les fictions.

Et pourrait-il en être autrement, sous l'empire d'un système qui éparpille et disperse les familles, comme les tourbillons du vent d'automne dispersent et éparpillent les feuilles?

Ce rivage du refuge, comme l'éternel rivage, rassemble parfois, dans une joyeuse union, des cœurs qui bien longtemps se sont crus perdus et se sont pleurés. Il n'y a pas d'expression pour rendre ces émotions profondes qui accueillent l'arrivée de chaque nouveau venu qui peut apporter des nouvelles d'une mère, d'une sœur, d'un enfant, dérobés aux regards qui les aiment par l'ombre de l'esclavage!

Oui, il y a là des traits d'héroïsme plus grands que la poésie ne sait les inventer. Souvent, défiant la torture et bravant la mort, les fugitifs reprennent la voie douloureuse, et à travers les terreurs et les périls de cette terre fatale, vont chercher une sœur, une mère, une femme!

Un jeune homme, dont un missionnaire nous a raconté l'histoire, après avoir été repris deux fois, après avoir subi les plus affreuses tortures, était parvenu à s'échapper encore. Dans une lettre que nous avons entendu lire il annonce à ses amis qu'il recommence pour la troisième fois sa terrible expédition et qu'il espère enfin délivrer sa sœur. Lecteurs, mes amis, dites-moi si cet homme est un criminel ou un héros; n'en feriez-vous pas autant pour votre sœur.... et pouvez-vous le blâmer?

Mais revenons à nos amis. Nous les avons laissés essuyant leurs yeux: ils se remirent enfin de cette joie trop grande et trop soudaine.

En ce moment, ils sont tous assis autour de la table de famille, fort ravis d'être ensemble et parfaitement d'accord. Seulement Cassy, qui tient la petite Élise sur ses genoux, la serre parfois d'une façon dont l'enfant s'étonne.... elle ne veut pas non plus se laisser fourrer dans la bouche autant de gâteau qu'il plairait à l'enfant.... elle dit qu'elle a quelque chose qui vaut bien mieux que le gâteau, et qu'elle n'en veut pas; ce qui étonne beaucoup l'enfant.

Deux ou trois jours ont suffi pour changer Cassy à tel point que nos lecteurs mêmes la reconnaîtraient à peine. La douce confiance a remplacé le désespoir qu'on voyait dans ses yeux hagards.... Elle se jetait tout entière dans le sein de la famille.... elle portait ses petits enfants dans son cœur, comme quelque chose dont elle avait longtemps manqué. Son amour semblait tout naturellement se répandre sur la petite Élise plus encore que sur sa propre fille: la petite Élise était l'image de sa fille telle qu'elle l'avait perdue! Cette chère petite était comme un lien de fleurs entre sa mère et sa grand'mère; elle portait la familiarité et l'affection de l'une à l'autre. La piété d'Élisa, solide, égale, réglée par la lecture constante de l'Écriture sainte, était le guide nécessaire à l'âme ébranlée et fatiguée de sa mère. Cassy cédait, et cédait de tout son cœur, à toutes les bonnes influences: elle devenait une dévote et tendre chrétienne.