«Oh! madame excusez-moi! mon cœur se brise.... voilà tout!
—Je comprends, Chloé, dit Mme Shelby en versant des larmes abondantes. Je ne puis vous consoler.... Jésus le peut: il guérit le cœur malade, il ferme les blessures....»
Il y eut quelques instants de silence, et ils pleurèrent tous ensemble.
Enfin, Georges s'assit auprès de l'affligée et, avec une éloquence pleine de simplicité, il lui dépeignit cette scène de mort, glorieuse comme un triomphe, et répéta les paroles d'amour et de tendresse de son dernier message.
Un mois après, tous les esclaves de l'habitation Shelby étaient réunis dans le grand salon, pour entendre une communication de leur jeune maître.
Quelle fut leur surprise, quand ils le virent paraître avec une liasse de papiers! c'étaient leurs billets d'affranchissement, il les lut tous successivement et les leur présenta à chacun: c'étaient des larmes, des sanglots et des acclamations!
Beaucoup cependant le supplièrent de ne pas les renvoyer; ils se pressaient autour de lui et voulaient le forcer de reprendre ses billets.
«Nous n'avons pas besoin d'être plus libres que nous le sommes; nous ne voulons pas quitter notre vieille maison, ni monsieur, ni madame, ni le reste....
—Mes bons amis, dit Georges, dès qu'il put obtenir un instant de silence, vous n'avez pas besoin de me quitter: la ferme veut autant de mains que par le passé; mais, hommes et femmes, vous êtes tous libres.... Je vous payerai pour votre travail des gages dont nous conviendrons. Si je meurs, ou si je me ruine, choses qui, après tout, peuvent arriver, vous aurez du moins l'avantage de ne pas être saisis et vendus. Je resterai sur la ferme, et je vous apprendrai.... il faudra peut-être un peu de temps pour cela.... à user de vos droits d'hommes libres. J'espère que vous serez bons et tout disposés à apprendre. Dieu me donne la confiance que moi, de mon côté, je serai fidèle à la mission que j'accepte de vous instruire. Et maintenant, mes amis, regardez le ciel, et remerciez Dieu de ce bienfait de la liberté!»