Un vieux nègre, patriarche blanchi sur la ferme, et maintenant aveugle, se leva, étendit ses mains tremblantes et s'écria: «Remercions le Seigneur!» Tous s'agenouillèrent. Jamais Te Deum plus touchant, plus sincèrement parti du cœur ne s'élança vers le ciel: il n'avait pas, il est vrai, pour accompagnement les grandes voix de l'orgue, le son des cloches et le grondement du canon; mais il partait d'un cœur honnête!

Un autre se leva à son tour et entonna une hymne méthodiste, dont le refrain était:

Pécheurs rachetés, enfin voici l'heure,
L'heure de rentrer dans votre demeure!

«Encore un mot, dit Georges en mettant un terme à toutes ces félicitations. Vous vous rappelez, leur dit-il, notre bon père Tom?»

Il leur fit alors un récit rapide de sa mort, et leur redit les adieux dont il s'était chargé pour tous les habitants de la ferme.

Il ajouta:

«C'est sur son tombeau, mes amis, que j'ai résolu devant Dieu que je ne posséderais jamais un esclave, tant qu'il me serait possible de l'affranchir.... et que personne, à cause de moi, ne courrait le risque d'être arraché à son foyer, à sa famille, pour aller mourir, comme il est mort, sur une plantation solitaire.... Amis! chaque fois que vous vous réjouirez d'être libres, songez que votre liberté, vous la devez à cette pauvre bonne âme, et payez votre dette en tendresse à sa femme et à ses enfants.... Pensez à votre liberté chaque fois que vous verrez la case de l'oncle Tom; qu'elle vous rappelle l'exemple qu'il vous a laissé, marchez sur ses traces, et, comme lui, soyez honnêtes, fidèles et chrétiens.»


CHAPITRE XLV.