Quelques remarques pour conclure.
On a souvent demandé à l'auteur si cette histoire était réelle. A des questions venues de divers pays, nous devons faire une réponse générale.
Tous les épisodes qui composent ce récit sont de la plus sévère authenticité. L'auteur en a été le témoin ou il les tient de ses amis personnels. Les caractères sont des portraits d'après nature. La plupart des paroles qu'il met dans la bouche des personnes ont été prononcées par elles; c'est une fidélité textuelle.
Élisa, par exemple, est un portrait, au moral comme au physique; l'incorruptible fidélité, la piété de Tom ont plus d'un modèle. Quelques-unes des scènes les plus romanesques et les plus tragiques de ce livre ont un pendant dans les réalités les plus positives.
Rien de plus connu que le fait de cette mère traversant l'Ohio sur la glace. Un frère de l'auteur, receveur dans une maison de commerce de la Nouvelle-Orléans, lui a conté l'histoire de la mère Prue, et lui a fait connaître le type de Legree: ce frère, après une visite à la plantation, écrivait:
«Il m'a fait tâter son poing, qui était comme un marteau de forgeron, en me disant qu'il s'était endurci à force d'assommer les nègres. Quand je quittai l'habitation, je poussai un grand soupir, comme si je sortais de l'antre d'un ogre!»
Quant au destin si lugubre de Tom, on n'en a eu que de trop nombreux exemples; des témoins vivants sont là pour attester le récit! Si l'on veut bien se rappeler que dans les États du sud c'est un principe de jurisprudence qu'une personne de couleur ne peut déposer en justice contre un blanc, on croira facilement qu'il peut se rencontrer, dans bien des cas, un maître en qui les passions dominent l'intérêt même, et un esclave qui possède assez de vertus et de courage pour lui résister. Eh bien! aujourd'hui la modération du maître est la seule sauvegarde de l'esclave.... des faits, trop odieux pour qu'ils passent chaque jour sous les yeux du public, viennent pourtant assez souvent à sa connaissance.... le commentaire est plus odieux que le fait lui-même!
«Ces choses-là, dit-on, peuvent bien arriver quelquefois, mais ce n'est pas l'usage!»
Si les lois de la Nouvelle-Angleterre permettaient à un maître de torturer quelquefois.... et jusqu'à ce que mort s'ensuive, les ouvriers qu'il a chez lui, aurait-on le même calme et dirait-on encore: