Un instant après, on entendit la voix de Mme Bird qui disait d'un ton vif et tout ému: «John! John! voulez-vous venir ici un moment?»

M. Bird quitta ses papiers et se rendit dans la cuisine. Il fut saisi d'étonnement et de stupeur au spectacle qui se présenta devant lui. Une jeune femme amaigrie, dont les vêtements déchirés étaient roidis par le froid, un soulier perdu, un bas arraché du pied coupé et sanglant, était renversée sur deux chaises, dans une pamoison mortelle.... On reconnaissait sur son visage les signes distinctifs de la race méprisée, mais on devinait en même temps sa beauté triste et passionnée; sa roideur de statue, son aspect glacé, immobile, où la mort se lisait, frappaient de stupeur tout d'abord.

M. Bird était là, la poitrine haletante, immobile, silencieux. Sa femme, leur unique domestique de couleur, et la mère Dina, s'occupaient activement à la faire revenir, tandis que le vieux Cudjox prenait l'enfant sur ses genoux, tirait ses souliers et ses bas, et réchauffait ses petits pieds.

«Pauvre femme! si cela ne fait pas peine à voir! dit la vieille Dina d'un ton compatissant. Je pense que c'est la chaleur qui l'aura fait trouver mal,... elle était assez bien en entrant;... elle a demandé à se réchauffer une minute; je lui ai demandé d'où elle venait, quand elle est tombée tout de son long. Elle n'a jamais fait de rude ouvrage, si j'en crois ses mains.

—Pauvre créature!» dit Mme Bird d'une voix émue, quand la jeune femme, ouvrant ses grands yeux noirs, jeta autour d'elle ses regards errants et vagues.... Une expression d'angoisse passa sur sa face, et elle s'écria: «Oh! mon Henri! l'ont-ils pris?»

A ce cri, l'enfant s'élança des bras de Cudjox et courut à elle en levant ses petits bras.

«Oh! le voilà! le voilà!»

Et, d'un air égaré, s'adressant à Mme Bird:

«Oh! madame, protégez-le! ne le laissez pas prendre!