—Dieu, s'il existe, devrait me conduire à la source…

—Vous blasphémez, sans qu'un pli de votre visage tressaille!…

—Pardon, je ne blasphème pas Celui qui, pour moi n'est rien… Je vous fais de la peine, je le sens… Mais il faut que je me défende… Et c'est vrai, ce que je vous dis… Vous le savez bien que je ne veux pas vous faire de la peine!…

—Oui, c'est vrai, trop vrai… Vous me forcez à l'admettre: j'avais toujours cru qu'il ne pouvait y avoir d'athées sincères… Mais, logique avec vous-même, vous devriez me dédaigner, avoir pour un crétin des répugnances nécessaires!…

—Sans Dieu, vous ne seriez plus le Canadien-Français que vous êtes!… Et c'est le Canadien-Français que j'admire, patriote enflammé, noblement sincère, fièrement chrétien!… Que voulez-vous, c'est notre logique, à nous, les femmes…

—Vous me pardonnez la superstition comme je vous pardonnai l'athéisme…

—Voulez-vous dire que, si je n'étais pas libre-penseuse, je ne serais pas votre amie?…

—Vous avez plus de logique que vous ne le prétendez… Pour moi ou contre moi, vous deviez l'être: peut-on ne pas vous admirer?… Il n'y a pas de plus grands amis que ceux qui le sont malgré tout, dont la souffrance à lutter l'un contre l'autre n'a pu ravir les âmes l'une à l'autre…

—Vous avez donc souffert de nos antagonismes profonds?…

—A la veille de votre départ, Mademoiselle, j'en souffre plus que jamais…