—Je sais, moi, que j'en ai souffert plus que vous encore… C'est moi qui ai cédé constamment, qui ai sans cesse mis bas les armes, incliné la tête sous l'inflexibilité de votre foi… Rien de vous-même n'a lâché prise, tandis que, par vous, j'ai connu les affres du doute…

—Est-ce bien vrai? s'écrie Jules, qu'une espérance affole. Vous avez été ébranlée, vous n'êtes plus aussi certaine, vous commencez à entrevoir qu'il peut y avoir autre chose que la matière Unique, souverainement intelligente, éternellement créatrice… Dieu vous a agité la conscience!… Quel bonheur!…

—Égoïsme des hommes! Vous oubliez mon supplice et mes angoisses!… Vous méritez la déception qui vous arrive… Il est des croyants que le doute blesse à l'âme un jour et que, le lendemain, leur foi ressaisit avec une emprise plus tyrannique, plus indéracinable que jamais. Un instant, la mienne a subi le choc de la foi canadienne-française, mais elle n'a oscillé qu'un peu, l'équilibre est stable à jamais!…

—Vous ne l'oublierez jamais, ce doute, quoi que vous fassiez… Dieu ne se penche pas en vain sur un coeur pour l'attendrir… Dites, au moins, que vous serez neutre entre votre père et Lui…

—Impossible, je crois aux doctrines de mon père!…

—Alors, vous vous battrez pour elles et pour lui…

—Autant que le peut la fille d'un père!…

—Et si votre père déclare la guerre au Canada-Français?

—Il le fera, il le faut… Luttez, Monsieur Hébert!…

—Vous n'avez pas répondu, Mademoiselle… Vous aimez le Canada-Français, dites-vous… Voulez-vous qu'il périsse en perdant sa foi? Aiderez-vous votre père à l'écraser?…