—Non, Monsieur, aussi longtemps que je vivrai, dit-elle, confuse.

—Aurez-vous le secret espoir que l'athéisme ici triomphe?

—Je veux que Jules Hébert demeure Canadien-Français! cria-t-elle, avec passion.

—Merci, Mademoiselle…

L'aveu d'amour frémit au bord de leurs coeurs gonflés. Ils n'en peuvent plus de lutte et de ruse contre eux-mêmes. Leurs âmes sont tendues, sur le point de se rompre. L'image de Greuze rêve si près du jeune homme, qu'il y pourrait poser ses lèvres. Il évoque la promesse qu'il a faite au Christ de sa race et des siens, à Jeanne prophétique. Toutes les forces qu'il appelle au secours se rangent en bataille dans son imagination au désarroi, mais la vague d'amour avance au fond de lui-même, menace de tout renverser devant elle.

Une détonation formidable crève dans l'air. Le canon de la Citadelle annonce à la foule qu'il est neuf heures et demie. Jules se souvient. Il est sauvé.

—Mademoiselle, dit-il, je regrette de vous laisser… Il faut que je parte ce soir…

—Puisqu'il le faut, je vous suis, murmure-t-elle, avec un tel chagrin qu'ils en demeurent silencieux, tout le long de leur marche à travers la foule moins touffue. Rassasiés d'air et de bruit, beaucoup de promeneurs ont abandonné la Terrasse, et les rangs s'émiettent. Il y a moins de jouisseurs autour des bougies roses. Jules escorte la Parisienne jusqu'à la porte latérale; du Château-Frontenac.

—Au revoir, Monsieur le député, dit Marguerite, gentille.

—Au revoir, princesse, répond-il, avec un regard profond.