Voici que l'abbé se rappelle précisément qu'on va bientôt, retirer des urnes le sort de celui qu'il nomme son fils. Toute la semaine, il a prié pour le triomphe de Jules. Le matin même, sa prière fut beaucoup plus longue qu'à l'ordinaire. Soudain ses yeux s'immobilisent d'une fixité étrange: il vient d'apercevoir, dans le rêve patriotique du jeune homme, un horizon plus large, une force d'action nouvelle, et la servante, dont la silhouette grêle a pénétré sans bruit jusqu'à la porte aux moulures blanches comme l'ivoire, est ébahie de stupeur.
—Qu'y a-t-il, Marie? demande-t-il, remarquant enfin sa présence.
—Il y a, Monsieur le curé, que Monsieur Jules est au village.
—Vraiment? dit-il, avec-un cri de joie. Que j'ai hâte de le voir!…
—Pauvre Monsieur Jules! gémit-elle.
—Parle! Qu'y a-t-il? s'inquiète l'abbé.
—Figurez-vous que j'ai rencontré, tout-à-l'heure, le bossu du troisième rang… C'est un malheur, pour sur!… Monsieur Jules va être battu!…
—Tu radotes!… Je te l'ai souvent dit de faire une bonne attisée des superstitions que tu charries dans ton tablier!…
—Pourtant…, commence à raconter la vieille fille.
Interrompant le récit, une vibration longue secoue le timbre de la porte centrale…