—C'est lui! s'écrie l'abbé.
—Je cours ouvrir! dit la servante, presque folle.
Et le bon curé, que la joie transporte, se lève de toute sa grande taille pour accueillir le fils de son âme..
—Je pensais à toi, mon fils, lui dit-il, lorsqu'il centre.
—J'aurais voulu venir auparavant… Quelque chose m'a empêché…
—Je ne te fais pas de reproches… Tu sais bien que je n'eus jamais de reproches à te faire…
—Et mes fredaines, alors que j'étais enfant, les oubliez-vous?…
—Un enfant qui ne fait pas de fredaines n'est pas adorable!… Et je t'ai adoré, mon fils: je te faisais de gros yeux, mais je voulais que tu recommences pour te les faire encore!…
—Oh! le temps béni d'alors! dit Jules, avec un regret profond.
—Tu m'étonnes!… Sans doute, à certains moments, nous voudrions revenir au passé dont le mirage nous attendrit… Mais il est des heures où l'avenir seul nous possède, et voici l'heure, pour toi, de ne songer qu'au lendemain souriant de promesses!… Dans quelques minutes, on t'acclamera, ta carrière déploie ses possibilités devant toi, la griserie de la victoire devrait te faire perdre un peu la tête… C'est la fatigue qui te rend morose, n'est-ce pas? Elle se lit sur ton visage pâle et dans tes yeux tristes…