—La bataille a été rude, Monsieur le Curé, mais il ne s'agit pas d'elle…
—Marie aurait-elle eu raison? Serait-ce un malheur? interrompt l'abbé, qu'une vague inquiétude épouvante.
—Je ne puis dire encore si c'est un malheur…
—Il faut que la chose soit grave pour qu'elle t'écrase, toi, si fort, si énergique, si indomptable!… Tu m'inquiètes: est-ce des tiens qu'il s'agit?…
—Non, mon père…
—De toi, alors, c'est de la logique brutale!…
—Je suis venu pour vous mettre à nu l'angoisse de mon âme… Je souffre comme il est trop douloureux de souffrir…
—Pauvre enfant! s'écrie le prêtre, à qui l'accent du jeune homme met presque des larmes dans la voix. Mais parle donc, ne me fais pas languir ainsi, parle que je te soulage, que je te guérisse!… Tu es venu à moi, c'est que tu m'as pensé bon à quelque chose dans ta peine… Tu le sens bien, je veux t'apaiser, te guérir!…
—Tout-à-l'heure, je souffrais tant!… Je pensai à vous, je souffris déjà moins… Et maintenant, je souffre beaucoup moins… Il faut que je vous parle… Je ne sais comment vous le dire, mon père, la chose est si étrange… Je veux éperdument la crier à quelqu'un, mais j'ai comme un besoin de la garder au fond de moi-même, comme une honte d'en parler tout haut… Il n'y a que vous seul à qui je pourrais la dévoiler, j'en suis sûr…
—Eh quoi! tu ne l'avouerais même pas à ton père? dit le curé, surpris.