—Pour lui, je serais un lâche…
—Oui, mon fils…
—Pauvre père!… Je comprends… La vie est bien étrange, parfois…
A ce moment, le timbre de la porte est agité de coups secs dont les harmoniques tranchants se répercutent dans l'âme du jeune homme et celle de l'abbé. Celui-ci va ouvrir: Augustin Hébert courbe sa longue taille pour franchir le seuil du presbytère.
—C'est, ton père, Jules! s'écrie l'abbé.
—On m'a dit, qu'il était ici, dit Augustin. Viens, mon fils, que je t'écrase les mains dans les miennes!… Un moment encore, on viendra t'annoncer la victoire!… J'arrive des paroisses du haut… Ta majorité sera grasse!… Que je suis fier de toi, mon fils!…
Les mains vigoureuses du fils et du père s'étreignent, les yeux d'Augustin scintillent d'orgueil, ceux de Jules sont brûlants de reconnaissance, le curé songe avec terreur à l'abîme qui séparerait les deux hommes, si l'un des deux savait.
—Que je vous remercie, mon père! Si je suis vainqueur, c'est à vous que je le dois!… On a moins voté pour le fils que pour le père… On vous adore partout…
—Ton âme canadienne avait de l'amorce… Je la redoutais un peu… Mais on a compris que tu étais sincère, qu'elle pouvait faire du bien à notre race… A force de l'entendre, je me suis un peu réconcilié avec ta chimère… Je vous demande pardon, Monsieur le Curé, me voici nerveux, affolé, presqu'un étourdi, je ne pense qu'à la joie du triomphe… Vos prières, que vous m'aviez promises, ont eu leur magnétisme…
—Mes prières…