—Tu as eu le temps de lire? Quel tour de force! interrompit-il d'une voix légèrement ironique.

—Eh! bien, je n'ai plus d'examens à passer, moi, et je ne suis pas toujours grave comme un jour lugubre d'automne, fit-elle vivement.

—Tu ne te fâchais pas comme cela autrefois, ma petite Yvonne…

—Autrefois, tu ne me piquais pas au vif. Tu me blesses, je crie que ça fait mal, voilà tout… Dusses-tu t'évanouir encore de surprise, je te répète que j'ai lu dans un magazine américain…

—Ah! je ne m'étonne plus!…

—Veux-tu que je te dise ce que je pense?

—Je l'exige!

—Eh bien, tu n'es pas charmant, quand tu railles ainsi… plus que cela, tu me fais de la peine… et…

—Vrai? c'est l'Yvonne d'autrefois que je retrouve? Ton coeur est bien là, toujours secoué de battements affectueux? Je croyais qu'on l'avait changé ou refroidi. La vie mondaine t'a prise presque totale, il faut ne pas y être expansive et le coeur se dessèche à ne jamais jaillir… La source du tien n'est pas encore tarie, puisque j'ai entendu couler une larme. La solitude aigrit souvent: me pardonnes-tu d'être barbare?…

—J'ai lu, dans un magazine américain, souligna-t-elle, d'une voix tendre et qui pardonnait, que les brahmines hindous se renferment si profondément dans leurs songes qu'ils semblent ne plus être que des statues, oui, du marbre pendant… la médecine, il n'y avait plus que la médecine ici-bas pour toi! Comment faire des confidences à la statue de la médecine?