—Pourquoi cette fureur, ce ton d'impératrice?

—Je t'en supplie, Lucien, ne vois-tu pas que j'ai besoin de… oui de… réfléchir? Il faut que je médite longtemps, que je m'apaise… Vois-tu, j'ai souffert beaucoup… Oh! je sais ce que tu vas dire! J'avoue que tu as raison, je suis seule responsable… Je veux être seule à me faire des reproches, à me guérir… De grâce, accorde-moi ce bonheur! Je n'en puis plus!

—Sois donc heureuse, ma chère! dit-il, susceptible et mordant.

Et, léger comme un faune, il s'en alla bêtement, féroce…

XII

L'IDYLLE DE BONTÉ

Jean ne peut différer plus longtemps l'émouvante promesse d'amour à Lucile: une puissance merveilleuse l'emporte vers elle. Il est stupéfié d'avoir aussi bien refoulé un si grand besoin de lui dévoiler sa tendresse. Dès qu'elle et lui se retrouvent, il est tellement heureux que le coeur lui déchire d'une joie absolue, qui tire à elle sa vie entière…

Il faut que, ce soir même, la joie profonde soit transmise à Lucile, pour qu'elle-même en connaisse le ravissement. Des alternatives de confusion et d'enthousiasme font tressaillir le jeune homme: il a la volonté brûlante d'offrir le plus sacré de lui-même, et il a peur d'une façon étrange…

Il vient, de s'assurer davantage que les époux Bertrand n'ont pas cherché à lui accrocher leur jeune fille au bras, convoité une mirifique alliance. Sinon, leur ruse n'aurait pas d'égale, et, ils sont les êtres les plus ouverts, les plus spontanés, les plus honnêtes qui se voient. Ils pensent, de leur Lucile un monceau de bonnes choses: qui pourrait leur en amoindrir le droit? Jean préfère n'avoir, en leur manière de lui parler d'elle, relevé aucun système de louanges tendancieuses, aucune mise en valeur pour le mariage, rien de cet étalage de perfections qui horripile. Dans leur éloge, il n'y avait que de l'affection vivante et simple, de la reconnaissance touchante…

En quelques semaines, François Bertrand a reconstruit, sa vigueur et son élan au travail. Sa gaieté saine et large retentit comme autrefois Germaine peu à peu se familiarise au triomphe, selon son expression, de le posséder au complet