—Qu'as-tu, mon père? s'écria Yvonne, terrifiée d'une angoisse confuse.

Gaspard, une main rivée à la poitrine, l'autre crispée sur le bras gauche du fauteuil, se tenait droit comme un arbre rigide, une stupeur fixe aux prunelles.

—Ne t'inquiète pas, mon enfant, dit-il bientôt, avec une douceur étrange. Attends un peu que ce soit plus clair en ma tête… Au bruit de la rafale, une pensée m'a saisi, m'a fait peur, m'a bouleversé, me fait comprendre une foule de choses… Eh bien, oui, ma petite Yvonne, sous nos pieds, autour de nous, c'est la plaine d'Abraham. Il m'a semblé entendre les gémissements innombrables des morts. Ils m'ont accusé, ils m'ont ordonné. Comme il a raison, mon Jean! C'est pour nous qu'ils ont aimé jusqu'à la mort! Je comprends ce que Jean voulait, ce qu'il a fait: il faut de l'amour toujours…

Yvonne, comme en rêve, murmure:

—Pourvu que la flamme ne s'éteigne pas aux foyers de la race, les ouragans sifflent en vain pour la détruire…

Yvonne et Gaspard se remémorent l'enthousiasme de Jean. L'une sent que les tâches magnanimes engourdiront son martyre; l'autre veut être digne de son fils, veut agir, veut aimer… Tous deux ainsi se laissent pénétrer par l'éloquence de la flamme. Elle ne se lasse pas de rire et de chanter, la flamme allègre et bonne. Elle est large, elle est forte, elle verse des lueurs de rêve, de mystère et de clarté profonde. Comme elle est ancienne, la flamme canadienne-française, comme elle vibre de puissance et d'héroïsme! Sur les plaines d'Abraham, elle veille, elle est plus grande, elle est plus radieuse, parce que l'âme des braves l'attise, parce qu'elle est immortelle…

FIN

TABLE DES MATIÈRES

Préface

I.—Au ras des cimes.