— Et que fait votre papa ?

— Mon papa ?

— Oui, comment votre papa gagne-t-il sa vie ?

— Oh ! J’en ai beaucoup, monsieur, mais je crois qu’ils sont tous cochers.

Je ne sais si les nombreux papas de la petite Mary Jane Cole étaient de vulgaires cabmen ou des cochers de bonne maison ; mais depuis quelque temps les exploits des gentilshommes du fouet se sont partagés, avec ceux des don Juan du grand monde, les éclats de trompette de la scandaleuse renommée. Comme variante au refrain de la chanson parisienne, On n’entend parler que d’malheurs ! les Londonniens pourraient dire :

On n’entend parler que de cochers

et de leurs hauts faits sur les champs de bataille cythéréens.

Les amours des grandes et petites dames pour leur valet de pied, leur cocher ou leur groom ne sont pas chose nouvelle et, sans remonter à Mme Putiphar qui peut passer pour la patronne de la congrégation, les histoires secrètes de tous les pays à toutes les époques, les mémoires privés et les chroniques scandaleuses, y compris celles de l’Œil-de-Bœuf, témoignent en bien des pages de ces bizarreries du goût, en même temps qu’elles prouvent que, quand il s’agit de « l’affaire de canapé », comme disait Napoléon, le cocher vaut souvent mieux que le maître, et Lafleur remplace avantageusement M. le marquis.

Les reporters des équipées de la haute vie parisienne racontaient récemment un nouvel exemple de ces fantaisies hystériques, l’histoire d’une jolie mondaine, partisante de l’égalité sociale, enfuie dans un hôtel du West-End de Londres pour y cacher de phaétonesques amours.

Mais la terre vraiment classique de ces frasques est la vertueuse Angleterre : phénomène facile à comprendre en raison de l’excessive liberté dont jouissent les demoiselles d’une part, et de l’autre la bonne mine obligatoire, sine qua non professionnel de messieurs de la livrée.