» — Elle devina bien que telle était mon intention, et se mit à rire, s’éloigna de moi, courut sur le passage de la voiture cellulaire et attendit jusqu’à ce qu’elle ait vu son homme y monter, puis s’élança dans la direction du tribunal pour assister à l’interrogatoire. »
Lord Norton demande candidement si c’est le jeune monsieur arrêté qui entretenait cette petite personne.
L’officier de police, étonné, répond que vraisemblablement c’est au contraire la jeune personne qui entretient le petit monsieur.
« — Ils vivent donc ensemble comme mari et femme ?
» — Il n’y a pas le moindre doute à cet égard. »
Ce simple compte rendu, avec sa sécheresse et sa brutalité de procès-verbal, n’a nul besoin de commentaires plus amplement explicatifs.
Je dois ajouter, cependant, une remarque, remarque qui se présentera d’elle-même à tous ceux qui se sont donné la peine, non de jeter en passant un regard furtif, mais de visiter les bas-fonds, soit de Londres, soit de Birmingham, Manchester, Liverpool, enfin de toute grande cité du Royaume-Uni, c’est que — dans ce rapport, il n’est question que des jeunes filles qui se livrant ouvertement à la prostitution, attirent par leurs allures ou leur mise l’œil de la police, c’est-à-dire celles ayant atteint leurs treize ans. Mais il en est quantité d’autres, au-dessous de cet âge, — bien au-dessous, — suivant secrètement les traces de leurs aînées. En France et, je crois, sur tout le continent, la loi punit le séducteur ou l’industriel exploitant la débauche de toute fille au-dessous de vingt-et-un ans en le poursuivant pour détournement de mineure ou excitation à la débauche ; en Angleterre, c’est au-dessous de treize ans seulement que la loi peut sévir[11].
[11] Il faut se rappeler que ces chapitres ont été écrits bien avant les révélations de la Pall-Mall Gazette. L’âge, depuis, a été élevé à 16 ans.
J’ai déjà parlé de ces infiniment mineures, et je ne reviendrai plus sur cet horrible sujet ; mais par cela seul que le délit tombe sous le coup de la loi il se cache davantage, prend plus de précautions et échappe ainsi à la surveillance, aux répressions, aux statistiques des philanthropes et aux rapports des policiers.