—Il faut lui pardonner, dit le père, il est encore sous le poids de l'affront reçu. Mais nous entendrons parler de lui. Je connais le sang de ses veines.
Les autres souriaient.
Meryem, sur le seuil de la tente, le suivit longtemps des yeux, la main pressée sur son sein, rouge encore des furieuses caresses, et ne sentant plus rien y battre, elle se dit avec angoisse:
—Mon cœur s'en va rivé au sien. Et je lui ai fait jurer de ne plus revenir!
Lorsqu'il fut au loin, prêt à disparaître derrière la première ondulation de la plaine, il arrêta son cheval et, se retournant, resta un moment immobile, éclairé par les feux du couchant.
Alors les hommes du douar, qui tous s'étaient levés, lui crièrent en riant:
—Sidi-Thaleb! Sidi-Thaleb! Salut.
Mais lui ne les vit pas et ne les entendit pas; il ne vit même pas son père qui secouait convulsivement son burnous, ni sa mère qui pleurait en lui criant: «Que ton ventre n'ait jamais faim!», ni les filles du douar qui l'accompagnaient de leurs vœux; il ne vit qu'un coin de haik de soie agité par une petite main à la porte de la tente paternelle, et deux larmes coulèrent sur ses joues.
Et quand il eut disparu, la belle Meryem reporta ses regards sur l'époux qui, debout, les yeux fixés sur l'horizon, semblait chercher l'image évanouie du fils.
—Oh! murmura-t-elle, que celui-là ignore à jamais le crime! Qu'il n'ait pas ce deuil étendu sur ses heures. Oui, il vaut mieux que l'autre ne revienne plus!