—C'est lui! répétait la vieille Kradidja, toute frémissante; Dieu m'a entendue, je ne mourrai pas sans revoir le premier et le plus beau fruit de mes entrailles.
Et les serviteurs et les servantes, et les hommes du douar regardaient aussi et disaient: «C'est lui!»
Mais jamais ce ne fut lui. Les semaines, les mois, les années passèrent sans ramener ni le fils aîné du cheik ni le fils aîné de Naama. Une fois cependant, tous crurent l'apercevoir, et une grande joie et un grand trouble emplirent leur cœur. On vit venir un cavalier monté sur un cheval que le douar entier reconnut pour le fils de la Buveuse d'Air.
—C'est lui! c'est lui! Kradidja! Meryem! Qu'on tue le plus gros mouton. C'est lui! Femmes, déroulez le vieux tapis de Tunis. O mes enfants, je vais pouvoir mourir. C'est Mansour! mon fils! ô mon fils!
Et tous couraient agités, disant:
—Holà! jeunes hommes! Debout! Fête au douar! Que la poudre salue le Brave! Voilà Mansour-ben-Ahmed!
Ils ne l'appelaient plus par dérision le Thaleb, mais ils criaient tous à la fois:
—Le Brave! le Brave! Marhababek! Marhababek! Sois le bienvenu! Sois le bienvenu!
Meryem pâlissait et tremblait comme si la fièvre d'El-Meridj avait passé dans ses veines, et la vieille Kradidja la gourmanda en la secouant avec rudesse:
—Eh bien, femme! eh bien, du courage! ou ta honte va se trahir!