— C’est d’autant plus extraordinaire, en effet, répliqua Castaños, que moi, je n’ai assisté à aucune bataille dans ma vie. »
Pas plus que Baylen, Andujar, la prochaine étape, n’offre d’intérêt.
Elle est d’un aspect triste et la fièvre y règne une partie de l’année.
Il s’y rattache encore un souvenir de notre histoire. Là, le duc d’Angoulême, pendant que Ferdinand VII était prisonnier des Cortès à Séville, signa l’ordonnance de 1823 qui mit fin aux atroces violences du parti royaliste.
On traverse, au sortir d’Andujar, une des plus riches campagnes de l’Andalousie, par de véritables forêts d’oliviers, de mûriers, d’arbres fruitiers de toutes sortes et de longues étendues de vignes.
Après avoir passé Montoro, on aperçoit, sur la gauche du Guadalquivir, dominant une bourgade, les ruines imposantes des sept tours vieilles de mille ans du château des rois de Cordoue.
Enfin, un dimanche matin, aux sons joyeux des cloches, nous entrons dans la capitale d’Abderahman, le lieu de naissance de Sénèque et le soi-disant de Gonzalve, le grand capitaine, appelé de Cordoue parce qu’il est né à Montilla.
Au temps des Maures, Cordoue comptait 200 000 maisons, 80 palais, 700 mosquées ayant chacune son minaret, 900 bains, — ce qui prouve que la propreté était plus en honneur chez les Arabes que chez les Espagnols, car j’eus certaine difficulté à en trouver un — des marchés, bazars, ateliers sans nombre et 12 000 villages comme faubourg. Là se trouvait le sérail d’Abderahman III avec ses 6300 hôtes, femmes, maîtresses, esclaves, eunuques.
Alors que l’Europe restait plongée dans la barbarie, Cordoue se faisait l’asile des sciences et des arts, et ses écoles de médecine, d’anatomie, de géométrie, de chimie, de musique étaient fameuses. La bibliothèque royale contenait plus de 500 000 manuscrits. Aujourd’hui, la ville est morte, silencieuse, la campagne déserte, l’herbe pousse dans les rues, les palais sont en ruines ; les arcades aériennes, les galeries à ogives s’effondrent ; les vieilles basiliques mauresques mutilées par le replâtrage catholique sont même vides de chrétiens. Il arrive un moment, dans la richesse des villes comme des nations, où il n’y a plus au delà que la décadence.
Le soir seulement Cordoue reprend un peu de vie. Ses rues désertes s’animent. Les matrones sortent pour les achats, les jeunes gens pour les rendez-vous, et les señoritas se cachent derrière le rideau de leur fenêtre pour les voir passer. Partout encore des grilles. Il faut que les Espagnoles soient bien enragées d’amour pour obliger pères et époux à pareille débauche de ferronnerie.