Mais l’église est là pour mitiger l’effet de ces précautions jalouses. Le bel oiseau, en cage dans la maison paternelle, déploie ses petites ailes dans la maison de Dieu. Comme au temps de Rosine, elle sert de rendez-vous. On y attend son amant en brûlant un cierge à la Vierge, et sous prétexte de réciter les cent cinquante Ave du rosaire, on murmure les doux propos d’amour. Le lieu sanctifie la chose. Le clergé ferme les yeux ; il y trouve son compte, paraît-il.

Les rues de Cordoue sont comme celles de Tolède, tortueuses et étroites. La grande préoccupation des méridionaux est de se garantir du soleil, et leurs maisons sont disposées de telle sorte qu’il ne puisse y pénétrer un rayon. Rien de mieux ; mais au dehors ils se couvrent de parasols et d’éventails comme s’ils craignaient de s’abîmer le teint. On entend les messieurs se plaindre comme s’ils tombaient de Sibérie :

« Oh ! que calor ! que calor ! »

De vigoureux gaillards barbus, à mine de condottiere, poussent des gémissements de petites-maîtresses pâmées.

Par le fait, j’ai remarqué qu’il n’y a guère que les gens du Nord qui sachent supporter le soleil ; je mets les Arabes à part, race dure à toutes les fatigues.

Si les rues sont étroites, elles sont en revanche hérissées de cailloux dont la pointe est tournée en haut pour la joie des cordonniers et des pédicures. Le pavage remonte, dit-on, à Abderahman III, c’est-à-dire au milieu du neuvième siècle. Je n’ai pas de peine à le croire, et je doute que s’il n’y en avait pas eu, les Espagnols l’eussent inventé. Ils se sont contentés de le laisser tel quel, se bornant aux plus urgentes réparations. Celui de Paris est plus récent de trois siècles, a du moins progressé.

Connais-tu le pays où fleurit l’oranger ?

chante Mignon. Oui, je le connais, mais ce n’est pas à Cordoue qu’il faut respirer ses parfums.

Paris, l’été, a bien mauvaise bouche, mais la brise qui souffle pendant certaines soirées tout imprégnée des miasmes des dépotoirs semble essence de rose à côté de l’haleine de Cordoue.

Je me souviens d’une vespasienne placée sur le cours du Grand Capitaine, à l’endroit fashionable de la ville, là où les Cordovanes viennent prendre le frais du soir et entendre la musique militaire sous les allées d’orangers, qui coupait la respiration à quinze pas et se faisait sentir à plus de cinquante.