Blessé à mort dans une bagarre, il demandait un confesseur. Mais il n’y avait autour de lui que des soldats de la maréchaussée.

« Confesse-toi à Dieu, lui dit Pandore.

— Mon Dieu ! s’écria-t-il, Marie, Joseph, mon saint patron, ayez pitié de moi. Je suis un grand pécheur. J’ai volé, couché avec des femmes de tout âge, violé des jeunes filles, j’ai assassiné aussi. Mais Seigneur Dieu, je vous ai toujours aimé et respecté ainsi que votre sainte mère, dont le scapulaire n’a jamais quitté mon cœur. J’ai fait maigre en carême, entendu la messe fêtes et dimanches quand je l’ai pu, aussi j’espère que vous me pardonnerez et me recevrez dans votre saint paradis. Amen. »

Et il mourut béatement.

XXXIV
UNE EXÉCUTION

Si les courses de taureaux sont pleines d’attraits pour les Espagnols et excitent la curiosité de l’étranger qui, d’abord écœuré de la boucherie, finit presque toujours par partager l’enthousiasme national, que dire d’une exécution capitale, spectacle plus rare !

Ce n’est pas que l’Espagne ne possède aussi sa collection de philanthropes qui font de la sentimentalerie autour de l’argolla, comme les nôtres autour de la guillotine, plus sensibles aux tortures du criminel qu’à celles de ses victimes, argumentant la suppression de la peine de mort sous prétexte qu’elle n’a corrigé personne, comme si le seul fait de corriger radicalement l’assassin n’était pas un suffisant motif de la conserver.

C’est pourquoi je compte au nombre de mes bonnes fortunes de voyageur celle d’avoir assisté à une exécution à Grenade. J’avais été préalablement témoin d’un certain nombre, depuis la moderne guillotine jusqu’au vénérable gibet si bien perfectionné, rajeuni, je dirais presque confortabilisé par nos voisins d’outre-Manche, en passant par les intermédiaires moins compliqués, moins savants et plus brutaux : fusillades, noyades, bastonnades, enfin quelques-unes des diverses tortures finales que l’ingénieuse férocité de l’homme inflige à son semblable ; mais je puis affirmer que pour les amateurs d’émotions fortes, les petites femmes nerveuses et avides d’étrangetés, le garrottage offre une saveur particulière. Aussi, depuis les plus humbles manolas qui viennent en sautillant sur leur pied fin et cambré jusqu’aux très hautes et honnêtes señoras, tout ce qui porte jupe lui sacrifie sans hésiter les caresses matinales de l’amant et les molles douceurs du lit.

Afin de faciliter à tous, même aux plus paresseuses, l’accès du spectacle, l’administration galante donne, non comme la nôtre à des heures difficiles et indues, mais en plein soleil, la représentation.

Dix heures, temps raisonnable.