Le fougueux don Pedro la harcelait de ses désirs coupables ; mais la vertu de la dame n’était pas d’une étoffe à recevoir le moindre accroc. Elle résista de telle sorte que le monarque ne vit d’autre moyen que d’imiter l’exemple du grand roi David qui fit traîtreusement dépêcher son général Uri pour jouir à son aise des charmes opulents de la délicieuse Bethsabée. Donc le cruel Pedro fit condamner l’infortuné Coronel à mort, sous je ne sais quel fallacieux prétexte — MM. les juges en ont toujours des douzaines en leur sac — et promit à l’épouse la grâce de l’époux en échange d’une simple nuitée.
La belle n’hésita pas. Ces saintes sont terribles. Elle préféra voir son mari mort que cocu et lui laissa bravement couper la tête. On ne dit pas si, en cette occurrence, le mari fut consulté.
Les esprits pervers et sarcastiques vont penser que c’était un moyen pour se débarrasser d’un jaloux et commettre le péché mignon avec la liberté de conscience d’une veuve.
Il n’en fut rien ; elle continua de résister à ce que les journalistes d’outre-Manche appelleraient les immoraux assauts du roi, mes compatriotes les derniers outrages, et les natures simples comme la mienne, qui ne vont pas chercher midi à quatorze heures, l’hommage le plus complet qu’on puisse rendre à la beauté. Pour y échapper, elle se réfugia dans un des cinquante couvents de la ville. Mais elle comptait sans l’ardeur royale.
Minuit sonnant, on frappe à la porte de sa cellule.
« Mon enfant, ouvrez, dit la mère abbesse accourue avec une chandelle.
— Ma mère, répliqua la recluse flairant quelque nouvel assaut, je suis dans mon lit. »
C’est bien ce que le roi espérait.
« C’est le roi, dit la mère.
— Que Sa Majesté me pardonne, répondit doña Coronel, mais je ne puis ouvrir. J’ai fait vœu au maître du ciel de ne plus me montrer à un visage d’homme, et je ne le romprai pas pour un maître de la terre.