— Oh ! oh ! vous devez faire des économies.

— Non, je dépense tout, répondit naïvement le bonhomme. Je paye ma nourriture à ces braves gens ; ce qui reste, je le donne pour les petits. »

Pendant qu’il parlait, je remarquais un cadre accroché derrière la statuette de la Vierge, un portrait au daguerréotype à demi effacé par le temps. Selon toute apparence, la tête d’une jeune fille.

« Voici peut-être la clef du mystère de la vie de cet homme, » me dis-je en moi-même, et tout haut :

« Est-ce le portrait d’une sainte, padre ?

— Si, señor, fit-il gravement, sainte et martyre ! »

Peut-être allait-il entrer dans la voie des confidences, mais la petite fille vint tout à coup nous appeler pour le dîner.

Malgré notre insistance, il refusa obstinément de partager ce festin. En dépit de sa crasse et de ses taches d’huile, nous n’eussions pas été fâchés de le voir à notre table ; tout ce que nous pûmes obtenir, c’est qu’il viendrait nous voir pendant notre repas.

Il tint parole, mais ne voulut même pas goûter au gros vin de Navarre que notre hôte nous versait à pleins bords, et comme les mouches réveillées par la chandelle et l’odeur inusitée des victuailles accouraient par myriades bourdonner sur nos assiettes et nos verres, le bon curé s’empara d’un chasse-mouches et, debout près de la table, le fit gravement tournoyer au-dessus des plats et de nos têtes jusqu’à la fin du repas.

VIII
MESSE AU PALACIO