— Tu es bien curieuse. Mais puisque tu es si curieuse, je vais l’être autant que toi. Indique-moi certain endroit indispensable, surtout après les repas de panade au lait.
— Là ! dit-elle.
— Où çà, là ?
— Eh bien là ! ici ! là ! où vous voudrez. »
Et elle me montra les crevasses du plancher.
Il était bien inutile de lui disputer la lampe. Je m’aperçus bientôt qu’elle n’avait que pour quelques minutes de vie, et, en effet, une dizaine à peine écoulée il ne resta qu’une mèche charbonneuse.
Une heure environ se passa.
Sur ce squelette de plancher, il était dangereux de s’aventurer sans lumière. J’avais bien un bout de bougie dans mon sac, mais ma boîte d’allumettes était restée entre les mains de notre hôte qui me l’avait demandée pour allumer une cigarette.
Je me décidai d’aller en emprunter à mon compagnon. M’assurant du terrain avec le pied avant de l’y poser, comme font les bons chevaux dans les mauvais chemins, je me guidai sans trop d’encombre jusqu’à son réduit.
Il ronflait déjà comme un juste, et tandis que je tâtonnais, cherchant ses allumettes, en évitant de troubler son somme, j’aperçus, par une large crevasse, un filet de lumière, en bas, et l’ombre projetée sur le mur d’un homme qui chargeait silencieusement son fusil. Puis l’ombre se doubla ; se tripla ; se quadrupla ; le rayon lumineux se déplaça, les marches de l’escalier craquèrent, et je distinguai l’horrible vieille, une lanterne à la main, précédant une troupe de brigands armés.